L’entrainement profite-t’il à tous ? (6)

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Nous avons vu dans notre article Déterminer les futurs pros dès l’enfance que la génétique est essentielle pour devenir professionnel dans la majorité des sports, et que l’on pouvait dès l’enfance observer les capacités des enfants afin de les orienter dans les sports où ils auraient toutes leurs chances, ou de leur dire de laisser tomber, que ça sera impossible de devenir professionnel pour eux. Le premier facteur important est donc les capacités naturelles. Mais, un autre point est important pour déterminer les futurs pros : l’entraînabilté. En fait, c’est-à-dire que les gens réagissent différemment à l’entraînement : certains vont vite progresser, d’autres pas… Peut importe leurs capacités de départ. Cela signifie que pour avoir une chance de devenir professionnel, il faut non seulement de bonnes capacités de départ dans le sport pratiqué (d’où l’orientation des enfants), mais il faut aussi avoir la chance de réagir rapidement aux entraînements. Et, ce n’est pas parce qu’un individu possède peu de capacités au départ qu’il a une bonne entraînabilité, et ce n’est pas parce qu’un autre individu est « bon » génétiquement dans sa discipline sportive qu’il sera plus difficile de le faire progresser avec l’entraînement… Vous voyez ? Les capacités de progrès dans le sport n’ont absolument rien à voir avec le niveau de départ.

Il y a beaucoup de personnes qui disent ne pas aimer le sport. Malheureusement, parmi elles, sans s’en rendre compte, certaines possèdent la chance d’avoir une génétique idéale pour une discipline sportive, ainsi qu’une bonne entraînabilité. Ces personnes pourraient aller très loin dans le sport, mais elles ne s’en rendront pas compte tant qu’elle n’auront pas tenté un entrainement régulier… Triste.

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Maintenant, prenons un exemple : les capacités aérobies (=d’endurance) de base des individus. Naturellement, certaines personnes sont très endurantes, d’autres pas. Mais, parmi les plus endurants, certains ont la capacité de progresser rapidement, tandis que d’autres pas. C’est la même chose avec les moins endurants. Ainsi, les faibles peuvent très bien devenir plus faibles en valeur relative et les forts exploser leurs performances. La progression de chacun est différente ! Et, chose particulièrement intéressante, c’est que le long de cette progression, les familles ont tendance à rester groupées. Autrement dit, l’entraînement va améliorer les capacités aérobies (à peu près) dans les mêmes proportions chez chacun des membres de la famille ! Une analyse a montré qu’environ la moitié de la faculté de chaque personne à progresser en endurance dépendait de celle des parents. Pour aller un peu plus loin, une étude, HERITAGE, a même déterminé de quels gènes dépendaient la progression aérobie : elle identifia 21 variantes génétiques (=versions légèrement différentes des gènes selon les individus) qui préfigurent la dimension héritée de la progression aérobie d’un sujet. Cela laisse encore une moitié de la progression aérobie par l’entraînement, due à d’autres facteurs.

Donc, vous l’avez compris, certaines personnes améliorent plus rapidement leur endurance que d’autres. Elles sont dotées d’une bonne entraînabilité. D’autres sont dotées de hautes capacités aérobies de base. Mais quel est le niveau le plus élevé de ces capacités de base ? Cette question en renvoie sur une autre, plus facile à traiter : est-ce que certaines personnes possèdent un niveau d’endurance aérobie d’élite, digne de devenir professionnel, avant tout entraînement ? C’est une question sur laquelle se pencha Norman Gledhill dans les années 1970. En collaboration avec d’autres chercheurs, il fit passer des tests de VO2max à 1900 jeunes hommes sur deux ans. Parmi eux, 6 sans aucun antécédent d’entraînement sportif, possédaient des capacités similaires à des coureurs universitaires. Ils avaient des chiffres de VO2max 50 % plus élevés que la moyenne des jeunes hommes non entraînés, malgré leur propension à rester dans un canapé. Les chercheurs se sont donc amusés à analyser ces 6 personnes, et ils ont découvert que les 6 possédaient un don déterminant : de massifs apports sanguins. Ils avaient les mêmes volumes sanguins que les très bons athlètes d’endurance. Un volume sanguin supérieur est un indicateur d’un athlète bien entraîné. A côté de ça, des athlètes pros se sont déjà fait prendre à se doper avec des poches de sang dans le but d’améliorer leur endurance. Ces six personnes étaient donc dopés naturellement. Mais, 6 sur 1900, est-ce beaucoup ? Assez, oui. Si l’on étend ce résultats aux filles, il y aurait plus de 100 000 personnes âgées de 20 à 65 ans naturellement compétitives aux Etats-Unis. On peut même se demander si tous les athlètes professionnels d’endurance de l’histoire n’ont pas tout d’abord appartenu à la fratrie des naturellement compétitifs, comme les 6 de l’échantillon des 1900.

Maintenant, parmi les quelques naturellement compétitifs, c’est-à-dire environ 0,31 % de la population (6 pour 1900 revient à environ 0,31 %), combien possèdent une forte réactivité à l’entraînement ? On estime qu’entre 1 et 5 % des gens ont un potentiel aérobie élevé (donc pas aussi fort que les 6 de l’échantillon), et qu’entre 1 et 3 % des gens ont une grande réactivité aérobie. Donc (un peu de maths…), la probabilité qu’une personne soit douée d’un fort potentiel et d’une forte entraînabilité est le produit de ces deux probabilités… Ce n’est pas beaucoup. C’est de l’ordre de un pour cent à un pour mille, soit environ 0,18 % des gens. Sur 7,5 milliard d’êtres humains, cela revient à environ 13 millions de personnes.

En somme, la combinaison idéale serait bien sûr une personne possédant un fort potentiel aérobie et une réactivité rapide à l’entraînement. Mais, il est difficile d’identifier ces personnes, tant qu’elle ne se sauront pas mises au sport sérieusement ! (Au Kenya, le pays roi de la course longue distance, la plupart des enfants courent dès leur plus jeune âge pour aller à l’école. Ils remarquent rapidement par rapport à leurs copains s’ils ont du potentiel ou pas). Les athlètes sont généralement soumis à des tests de labos seulement une fois qu’ils ont réussi quelque chose. La science est bien meilleure pour observer un athlète et expliquer pourquoi il a réussi plutôt que pour identifier quelqu’un qui pourrait réussir, avant qu’il n’ait commencé l’entraînement.

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Conclusion

Nous sommes tous différents. Certains ont des bonnes capacités sportives de bases, d’autres non. Certains vont progresser vite, d’autres pas. Les champions de demain sont ceux qui ont de bonnes capacités « naturelles », et qui progressent beaucoup à l’entraînement. Cependant, c’est encore plus complexe : vous pouvez très bien être « naturellement » mauvais dans les épreuves d’endurance, mais bon dans les sports d’explosivité, ou l’inverse ! Le mieux pour vous diriger vers le sport qui vous correspond le plus est de vous analyser (il y a beaucoup de paramètres à regarder), et d’identifier les sports ou vous pourriez être bon.

Pour terminer : les programmes d’entraînements qui réussissent le mieux sont ceux qui s’adaptent pleinement à la physiologie de l’individu. Chaque individu possède un génotype différent. Donc, pour une progression optimale, chaque individu devrait avoir un environnement différent.

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