La musculature est-elle programmé génétiquement ? (7)

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Plusieurs types de fibres musculaires composent les muscles : des fibres à contraction lente, dites de type I, et des fibres à contraction rapide, dites de type II. Les fibres lentes sont essentiellement sollicitées lors d’exercices aérobie (=d’endurance, de longue durée), tandis que les fibres rapides sont plus sollicitées pour des efforts brefs et intenses, comme le sprint. Bien que la plupart des gens (nés en Europe et de parents européens) possèdent environ 50 % de fibres lentes et 50 % de fibres rapides, on peut remarquer que les marathoniens professionnels possèdent environ 80 % de fibres lentes, tandis que pour les sprinteurs, c’est l’inverse, ils possèdent 80 % de fibres rapides. La question qui se pose alors est : chez les individus, la répartition des fibres musculaires est-elle génétique, ou se modifie-t’elle avec l’entraînement ?

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Malheureusement, c’est globalement génétique. Mais, on ne connait pas encore parfaitement les différents types de fibres musculaires et, il serait possible de modifier légèrement les proportions fibres lentes-fibres rapides, au maximum de 10 %. De plus, cette répartition explique en parti le fait que certaines personnes développent rapidement leurs muscles lorsqu’ils soulèvent des poids. En effet, les fibres rapides s’hypertrophient beaucoup plus que les fibres lentes : elles ont un potentiel de croissance supérieur (en fait, il y a une hypertrophie de toutes les fibres musculaires, mais essentiellement des fibres rapides).

Ainsi, les sprinteurs possèdent des mollets comportant 75 % environ de fibres rapides, tandis que les marathoniens possèdent des mollets comportant 75 % de fibres lentes. Les athlètes courant le 800m tendent à avoir une répartition 50-50. Analyser les fibres musculaires des sportifs (avec la méthode de biopsie musculaire, qui correspond à un prélèvement d’une partie musculaire) peut se révéler très efficace : Jesper Anderson, par exemple, s’occupait des sportifs Danois en s’assurant qu’ils possédaient une bonne répartition de fibres musculaires pour gagner des compétitions dans leur sport. Anderson constata sur un lanceur de poids que ce lanceur possédait une bien plus grande proportion en faveur des fibres rapides. Il en a déduit que ce sportif avait atteint son plus fort potentiel de croissance musculaire. Ainsi, Anderson incita ce lanceur à ne plus faire de musculation, mais seulement de la force pure, le but étant de soulever des charges très lourdes sur de courtes périodes. L’été suivant, le lanceur gagna la médaille de bronze aux Jeux Olympiques d’Athènes de 2004. Pour citer un autre exemple, Anderson a analysé les muscles d’un kayakiste qui tentait de se qualifier pour les Jeux-Olympiques sur la distance de 500 ou 1000m. Anderson a remarqué chez lui la présence de plus de 90 % de fibres lentes, c’est pourquoi les concurrents du kayakiste étaient plus explosifs que lui juste après le départ, même s’il les rattrapait de temps en temps en fin de course. Anderson a donc incité ce kayakiste à changer de distance, en faveur de distances plus longues… C’était un succès ! Le kayakiste s’est aligné sur des compétitions de longues distances et devint rapidement l’un des meilleurs mondiaux.

Maintenant, parlons de maladies génétiques. De temps en temps (cela reste très rare), il arrive que des « superbébés » naissent avec une musculature très développée et déjà très fortement apparente. Cette musculature ne disparait pas avec le temps, au contraire : à 5 ans, ces enfants sont deux fois plus musclés que leurs camarades du même âge. Comment expliquer cela ?

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Le gène GDF-8 permet de synthétiser dans le corps une protéine, la « myostatine » (de myo= muscle et statine=stopper). Cette protéine a pour rôle d’envoyer un signal aux muscles pour qu’ils cessent de se développer. Et, en l’absence de cette protéine, la croissance musculaire explose, comme chez les superbébés. Il se trouve que ce gène agit de la même manière chez les autres espèces. La race bovine blanc-bleu-beige est le produit de croisements effectués après la Seconde Guerre mondiale (afin de produire plus de viande pour faire face à l’augmentation de la demande suite à la guerre). Et, évidemment, il manquait à ces vaches 11 paires de bases azotées d’ADN, sur les 6000 qui codent la myostatine, ce qui explique leurs proportions musculaires impressionnantes. Mais, une nouvelle question se pose : pourquoi ce gène existe ? Il nous serait probablement plus pratique d’avoir les mêmes muscles que les quelques superbébés dans le monde ? (au fait, les bodybuilders pros ont tous de la myostatine, ce ne sont pas des superbébés, ce cas est trop rare)

Il se trouve que ce gène est très important, tellement qu’il existe même chez les autres espèces (c’est un gène à « haute conservation »). Il existe probablement parce que les muscles ont un coût   : ils demandent beaucoup d’énergie, de calories, et particulièrement de protéines (plus vous êtes musclé, plus vous dépensez d’énergie à ne rien faire). Et, avoir des gros muscles peut être un problème de taille pour les hommes : nos ancêtres très lointains n’avaient pas d’accès régulier et stable aux protéines nécessaires à l’alimentation de leurs organes. Mais, dans la société moderne, nous sommes moins embêtés… Ce gène serait-il amené à disparaître ?

Ainsi, les athlètes modernes ont parfois été tentés de jouer avec la génétique pour tricher. Cette technique va peut être, avec le temps, prendre le dessus sur le dopage lié à la prise de stéroïdes anabolisants… Nous n’en savons malheureusement pas plus la-dessus. Chez les pros, c’est silence secret. Il semble tout de même que le dopage génétique ait commencé.

Il existe un tas de gène ayant un rôle pour les muscles, et tous ces gènes peuvent posséder plein de versions différentes, ce qui fait qu’ils s’expriment différemment selon les personnes. Et, c’est exactement pourquoi nous réagissons tous différemment à un même programme de musculation : certaines personnes vont rapidement se sculpter, tandis que d’autres, non. Cela dépend de nos gènes qui s’expriment plus ou moins et ainsi permettent une plus ou moins forte croissance musculaire.

En somme, tout le monde réagit différemment à un programme de musculation, ou de préparation physique en général. Cela dépend de l’expression de nos gènes, et des versions de ces gènes que l’on possède. Mais, c’est pareil pour tout. Tout le monde réagit différemment au café, à l’alcool, aux médicaments contre le cholestérol…

Les principaux gènes qui sont possédés par ceux qui prennent rapidement du muscle et qui ne sont pas possédés par ceux qui ne progressent pas sont l’IGF-IEa, le MGF et le gène de la myogénine. Ces gènes permettent la croissance musculaire. Egalement, comme nous l’avons expliqué au début de l’article, ce sont les gènes qui déterminent notre proportions en fibres lentes / fibres rapides. Cette répartition est très importante pour la prise de muscle. Mais, le problème des individus qui possèdent beaucoup de fibres rapides, c’est qu’ils ont tendance à se blesser beaucoup plus fréquemment. Cela pose problème par exemple au foot, lorsque l’on a besoin d’athlètes très explosifs. Le foot étant un sport où commencer jeune permet d’augmenter ses chances de devenir pro, les futurs pros qui commencent dès leur plus jeune âge et qui possèdent essentiellement des fibres rapides finissent, à force de jouer, à se blesser régulièrement, et à ne jamais atteindre leur meilleur niveau… Les équipes pros se retrouvent ainsi avec des athlètes prioritairement endurants mais peu explosifs.

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